Embouteillages a #Bukavu: un mal facilement évitable #RDC #Gouvernance

Vivant depuis quelques temps a Bukavu, j’ai pu m’habituer a un certain nombre de désagréments quotidiens qui m’étaient auparavant inconnus, comme la poussière, la boue, les tremblements de terre… Un de ceux auxquels je n’ai cependant jamais pu me faire est l’absurdité des embouteillages dans cette ville. Je suis en effet jaloux de mon temps, l’une des seules choses qu’absolument rien ne peut ramener, et Dieu sait si j’en perds quotidiennement en voiture.

Contrairement a Paris, Kampala ou Nairobi, les voitures de Bukavu ne se trainent pas a cause de l’engorgement des routes ou du trop grand nombre de véhicules. Regardons de plus près ces embouteillages.

Ils sont présents toute la journée, et toujours aux mêmes points spécifiques: rond-point Nguba, place Mulamba, marche Nyawera, mairie, Feu Rouge, et place de l’Independence. Une fois passé ces points desquels on s’approche a pas de tortue, comme par magie aucun amassement de voiture ne bloque la circulation.

Cause de surface: les taxis dragueurs

La raison de cette apparente contradiction saute aux yeux : ces longues files de dizaines de voitures ne sont crées que par quelques taxis, qui s’arrêtent systématiquement au pire endroit possible, a savoir les croisements ou rétrécissements de route.

Au rond-point Nguba, les taxis s’arrêtent ainsi a l’endroit ou la route se rétrécit au niveau du collège Alfajiri. S’ils s’arrêtaient 4 mètres plus tôt, avant le rond point, ils ne bloqueraient personne car la route y est encore large.

Idem place Mulamba. S’ils s’arrêtaient avant la place, au niveau de l’entrée du collège, ils ne bloqueraient personne. Mais ils s’arrêtent tous dans la place, au niveau du rond-point, ou la route se rétrécit.

Encore la même chose a Nyawera, a la mairie, a feu rouge ou ils s’arrêtent carrément dans le virage, et place de l’Indépendance.

Même quand ils ne sont pas a l’arrêt, ces taxis gênent la circulation en roulant a 20km/h maximum, afin de draguer le client, car ils savent qu’ils peuvent s’arrêter partout, y compris en plein milieu de la route s’il le faut, créant parfois des accidents. Mais peut on vraiment leur en vouloir de faire n’importe quoi quand n’importe quoi leur est permis ?

Cause profonde: les tracasseries de la police

Un point commun à tous ces points d’engorgements est la présence importante de policiers du roulage. Ces derniers ont donc largement la capacité d’imposer aux taximens le respect du code de la route, tout en renflouant les caisses de leur commissariat en dressant des amendes. Ces infractions se déroulent sous leur nez !

Ils sont cependant trop occupes a « tracasser » les usagers, a savoir a arrêter au hasard les véhicules (créant ainsi des embouteillages supplémentaires), de préférence ceux qui montrent un quelconque signe d’aisance financière, pour trouver un moyen d’en soutirer quelques dollars.

Je ne répéterai jamais assez l’absurdité de cette situation, car vu la conduite des taxis, les policiers ramèneraient bien plus d’argent au commissariat en faisant correctement leur travail et en dressant des contraventions justifiées.

Un mal trop facilement évitable, laxisme des autorités

La solution aux embouteillages de Bukavu est donc relativement simple, et ne couterait pas un dollar. Cela demanderait juste que les autorités responsables assument leur rôle avec sérieux. Il ne faudrait même pas réinventer la roue, mais regarder ce que le voisin a mis en place, et qui n’est finalement que ce qui existe dans la majorité du monde.

Le Rwanda, et en particulier Kigali, souffraient en effet des mêmes mots. Jusqu’à ce que les autorités prennent la décision logique : définir des zones d’arrêt obligatoires pour taxis, et interdire tout arrêt hors de ces zones. Pour imposer cette décision, ils ont, comme toute police de roulage professionnelle, verbalise les récalcitrants.

Ceci a fortement contribue a permettre a Kigali d’assumer la croissance exponentielle de son parc automobile sans subir d’augmentation des embouteillages. Par la suite, l’agrandissement de certains axes a également permis de fluidifier encore la circulation. Mais, pendant plusieurs années, la seule solution appliquée était la régulation.

Le plus triste avec l’approche actuelle des policiers du roulage de Bukavu, c’est qu’ils en perdent toute crédibilité, de nombreux véhicules ne répondant même plus a leurs injonctions de s’arrêter. En tracassant, ils n’ont plus le temps de travailler, et sont perçus comme des nuisances. En tracassant, ils perdent sur tous les fronts : celui de l’argent, et celui de l’image. A quand la prise de conscience nécessaire ?

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